Weird TV : Ic3peak

Ic3peak. Dernière pépite slave extraite des profondeurs (ici pas si profondes) de YouTube. Ils seront le 6 décembre à Paris — mais Dieu seul sait si ça aura vraiment lieu. (À soutenir sur bandcamp.)

Quelques nouvelles


Denoël a refusé Masha, la sans-utérus, mon deuxième roman. Pascal Godbillon, l’éditeur, l’a trouvé très bon, meilleur que Pornarina, plus mature et structuré. Cependant la direction n’a pas souhaité suivre. Entre autres, réduction drastique du nombre de titres annuels. Je recherche donc un éditeur en ces temps infectieux.

Au-delà je termine une traduction (The Art of Asking d’Amanda Palmer), après quoi je vais mettre de côté mon projet de livre sur Jack l’Éventreur et me lancer dans un autre projet, qui me tient à cœur depuis longtemps, un roman jeunesse, d’inspiration purement burtonienne, respiration nécessaire après toutes les entrailles agglutinées dans Masha, la sans-utérus.

J’ai eu peu de retours sur “L’Effroyable Affaire des souffreuses”, mon dernier texte paru dans l’anthologie Les Affaires du club de la rue de Rome (La Volte, 2020). Les principaux sont encore sur Babelio. Pour ceux qui ont aimé Pornarina et souhaiteraient découvrir mon travail plus en profondeur, n’hésitez pas à y jeter un œil, vous y retrouverez l’éventail de mes thèmes et mon rapport à la langue que j’espère toujours aussi disturbant.

Enfin on me trouvera un peu plus actif sur Instagram jusqu’à la fin de l’année, histoire de voir ce que ça donne et désirant limiter Facebook au minimum vital.

Bien pornarinologiquement,

30 juin 2020,
R.E.

Bribes 7


Trois liens comme trois têtes apportées sur un plateau. 

Dernière chronique de Pornarina en date. Sur un site de black metal, ce qui me ravit. Si je n’en écoute pas, ou très peu, j’écoute en revanche beaucoup de dark ambient, qui peut parfois frôler le doom metal. Surtout je me sens proche de l’esthétique du black metal, des pochettes d’album, des thèmes, de la désespérance. C’est un lectorat qui m’est cher, qui ne questionne pas la fascination pour le morbide et le macabre, chez qui cette fascination est un prérequis, une évidence — c’est infiniment reposant.

Où Christophe Siébert raconte son parcours d'écrivain. 

Dark surreal art. “We offer an unparalleled selection of dark surreal art in a range of affordable prices, making it easier and more accessible than ever to make art part of your life.”

L’Effroyable Affaire des souffreuses

Où j’évoque mon esthétique littéraire du malaise
et le rapport d’un de mes textes à la misogynie


J’ai écrit et publié L’Effroyable Affaire des souffreuses dans un recueil comprenant quatre novellas (de quatre auteurs différents) regroupées sous le titre Les Affaires du Club de la rue de Rome. Cet ouvrage tire sa substance ou son inspiration de l’œuvre d’une romancière française disparue, Adorée Floupette. Les quatre textes ont en commun de se dérouler à Paris en 1891 et de mettre en scène des personnalités littéraires ou artistiques fin-de-siècle.

L’Effroyable Affaire des souffreuses convoque notamment Alfred Jarry, Pierre Louÿs, Rachilde, Mallarmé et Oscar Wilde, ainsi que deux poètes décadents anglais méconnus : Arthur Symons et, surtout, Ernest Dowson. L’Effroyable Affaire a pour thème — 1. le culte des petites filles, tel qu’il était pratiqué par plusieurs poètes et écrivains anglais de l’époque (Lewis Carroll en tête), — 2. la misogynie, qui était alors encore plus présente qu’on pourrait le penser aujourd’hui. Ces deux thèmes sont intimement liés. Ils se nourrissent l’un l’autre. J’y reviendrai.

Ernest Dowson (24 ans en 1891) est le personnage principal du récit. Il est romancier et poète. Ses romans sont anodins. Sa poésie est l’une des plus admirables du mouvement décadentiste anglais. Pour autant sa correspondance est sans doute ce qui demeure aujourd’hui de plus remarquable, non sur un plan littéraire, mais anthropologique ou historique — d’histoire des mœurs. Sa vie enfin vaut un excellent roman noir et j’encourage à lire la biographie qu’en a tirée Jad Adams — Madder Music, Stronger Wine : The Life of Ernest Dowson, Poet and Decadent, I.B. Tauris, 2000. Même pour son époque, déjà extrêmement misogyne, Dowson était considéré par ses contemporains comme un homme haïssant les femmes. Ses divers biographes se sont toujours appliqués à le montrer. Et même Victor Plarr — alors que son intention est de redorer l’image de Dowson en le présentant sous un jour différent, moins torturé, moins décadent, d’après lui plus juste — ne parvient pas à cacher cet aspect quand il écrit, exaspéré : “[Dowson] retourne à sa misogynie et nous devons nous rappeler qu’il est encore très jeune.”

Son rapport aux femmes est autant simpliste qu’ambigu. Dowson est attiré sexuellement par elles, tout en les rejetant sentimentalement. Il était connu pour coucher avec une prostituée différente par jour. Dans sa correspondance abondante il écrit : “Il y a quelque chose de radicalement faible dans le cerveau d’une femme. On ne devrait les connaître que de façon charnelle — je doute qu’on puisse les connaître autrement.” J’extrais et traduis une autre citation de ses lettres : “Les petites filles grandissent, et deviennent ces animaux très répréhensibles, les femmes.” D’un autre côté Dowson réserve ses élans romantiques aux jeunes filles, aussi bien de façon obsessionnelle dans sa poésie que dans la vie réelle, où il est épris d’une enfant de onze ans qu’il n’aura de cesse de courtiser, lui dédiant des poèmes et la demandant en mariage (elle refusera et épousera peu après un tailleur). D’une certaine façon le contraste entre son culte des petites filles, dont il n’a de cesse de glorifier la pureté, et sa vision cynique des femmes reflète le clivage dans les esprits victoriens entre l’amour sentimental et la convoitise sexuelle. Ici se rejoignent donc les deux thèmes au cœur de L’Effroyable Affaire des souffreuses.

J’en viens à ce qui m’a décidé à écrire ces explications : ma novella a semble-t-il choqué, énervé, dégoûté ou que sais-je encore un certain nombre de lecteurs ou lectrices. On aurait qualifié mon texte, entre autres, de misogyne. De là à me voir qualifié d’auteur misogyne, il n’y a qu’un pas — ce qui me scandalise et scandalise les personnes qui me connaissent. C’est une première pour moi. J’ai déjà été confronté par le passé aux réactions les plus diverses concernant mon premier roman — Pornarina : la-prostituée-à-tête-de-cheval — qui a été aussi bien jugé répugnant, dégradant, beauf-et-bof que bien-écrit, original, inspirant ou féministe. Par ailleurs on a souvent rejeté mes textes pour leur rapport vicié à la sexualité, leurs descriptions outrancièrement grotesques ou leur construction narrative bancale. Jamais pour leur hypothétique haine de la femme. Pour autant j’essaie de comprendre ce qui a pu pousser certains lecteurs ou lectrices à rejeter L’Effroyable Affaire pour sa misogynie.

J’écris dans le malaise, pour le malaise, sur le malaise, en vrac j’écris sur la sexualité, le fantasme, l’origine génitale, la mort, les organes, la vieillesse, les livres, la nostalgie, la macération mélancolique, les manoirs, la monstruosité, la morbidité, le cadavre, le corps — féminin ou masculin — souffrant, mourant, torturé, ce qui reste des ruelles de Whitechapel dans nos cerveaux, les tueurs, le sang rouge, l’urine jaune, et cetera. J’essaie que malaise ou mal-être se diffusent aussi bien par la langue, sa précision et son incongruité, que par la narration, jouant sans cesse entre les frontières auteur-narrateur-personnage. Ma démarche esthétique, tout à fait consciente et à l’œuvre depuis plus de treize ans, pourrait se résumer à faire éprouver le malaise, miroir de celui que nous ressentons vis-à-vis de la sexualité (rituel qui crée la vie) et de la mort (bénédiction ou cauchemar qui l’achève).

A priori, en me basant sur les définitions de Christian Godin reprises sur Wikipédia, un texte misogyne est un texte qui expose “un point de vue qui se refuse à admettre l’égalité entre les hommes et les femmes”, mais également un texte qui serait une “détestation des femmes qui va de l’aversion pour leur corps au mépris pour leur comportement et leur personnalité”. Dès lors ma novella expose-t-elle un “point de vue qui se refuse à admettre l’égalité entre les hommes et les femmes” ? Non — pas même en forçant l’interprétation du texte. Dès lors est-elle davantage une “détestation des femmes…” ? La réponse ici est plus délicate, dans la mesure où, effectivement, L’Effroyable Affaire traite de l’aversion qu’éprouvent plusieurs auteurs décadents (ou assimilés) envers l’autre sexe. La misogynie de ces auteurs, d’Ernest Dowson en particulier, imprègne fatalement la novella, elle l’imprègne même à un niveau moléculaire, via des citations et des emprunts littéraires. On pourrait encore vouloir voir de la misogynie dans la façon dont les corps féminins sont empoisonnés et étudiés. Dans ce cas mes textes sont également misandres — voire par exemple Pornarina où les hommes sont émasculés —, ce qui n’est pas plus vrai que de dire qu’ils sont misogynes : la chair torturée, encore une fois féminine ou masculine, est inévitable dans chacun de mes livres. Ces corps de jeunes filles torturés et cette prostituée orientale au vagin pourvu de dents ne sont que des visions ou des personnifications surréalistes de la misogynie fin-de-siècle. Toute la violence qui en ressort n’est que celle de l’époque, passée au filtre de mon univers grotesque. Par ailleurs la misogynie ambiante n’est pas partagée par l’ensemble des protagonistes : Wilde et Mallarmé notamment s’en écartent, ont du dégoût et condamnent ce qui fascine Dowson.

À ce stade il me semble que mon esthétique littéraire associée aux thèmes extrêmement délicats que j’ai manipulés ont poussé certains lecteurs ou lectrices à qualifier mon texte de misogyne. Si malgré tout, pour certains, ces explications ne change rien, je les invite à m’écrire. Nous écrivons et lisons des livres pour communiquer, la littérature — et l’art en général — demeurant le plus haut degré de communication entre les êtres.

Sermon funèbre pour une fille à naître


Mon texte “Sermon funèbre pour une fille à naître” est au sommaire de Violences #10. Le fanzine de Luna Beretta. J'aime ce fanzine pour de multiples raisons. La première parce que je fantasme Violences comme une réminiscence d'un âge d'or que je n'ai pas connu, celui de publications pré-internet obscures, de bouts de feuillets jaunes imbibés de névroses, donnant dans la déviance et le body horror, publications que j'imagine uniquement vendues dans les ruelles étroites peu commerçantes d'une grande ville, où survit un bouquiniste qui a personnellement connu William S. Burroughs. C'est la première raison : l'impression de vivre une expérience du passé, de faire parti, même subrepticement, d'un underground qui devrait être mort, oublié, fantoche, mais qui est pourtant bien là, entre mes mains, lorsque arrive par la poste mon exemplaire de Violences. La deuxième raison, c'est la couverture — trop souvent, quand je publie à droite à gauche, je ne suis pas totalement emballé par les visuels des revues ou recueils. Violences est une exception notable. J'ai un petit élan de fierté, toujours, de savoir que mon nom est écrit quelque part là-dessous, sous cette couverture réalisée à l'ancienne, sous ce lettrage, ce collage ou ce dessin. Une autre raison est l'hétérogénéité du contenu, l’alliance du graphique et du littéraire d'abord, la multiplicité des formes d'écriture ensuite. Je ne lis jamais un Violences de A à Z, mais je l'ouvre régulièrement et pique une phrase ici ou là, une idée, une inspiration, quelque chose d'inattendu que j'aurais du mal à trouver dans un autre livre, ou alors que je ne pourrais trouver que dans des livres de la trempe du déjà cité Burroughs, ou de Michael Cisco, de Lautréamont ou de Roberto Bolaño. Ça foisonne. Dans un Violences je me sens entouré d'auteurs qui ont, je crois, le même dédain que moi pour la littérature qui se contente de raconter une histoire, qui n'explore ni langage ni obsession. Une autre raison encore est la liberté qu'offre Luna — les textes ultracourts ne l'effraie pas, les textes malaisants non plus, au contraire, c'est tout le principe. Un Violences c'est une respiration dans mon travail, ça me permet de publier un petit quelque chose entre ces foutus longs projets vaguement appelés roman qui m'occupent des nuits entières, des mois entiers. “Sermon funèbre pour une fille à naître” est d'ailleurs en avant-première l'incipit de mon deuxième roman, que je suis sur le point d'achever. Bref, tout ça pour dire qu'il n'est pas totalement superflu de vous encourager à vous procurer ce nouveau Violences, le #10, tout juste sortie des presses underground de Luna Beretta.

Fanzine avec : Safia Bnf – Luna Brt – Jon Blackfox – Lörns Borowitz – Pierre Bouteille – Julien Boutreux – Antoine Brea – Marc Bruimaud –Jacques Cauda – Caleb – Henri Clerc – Théo Delil – Raphaël Eymery – Fanny Fa – Audrey Faury – Sarah Fisthole – François Fournet – Sébastien Gayraud – Tina Hype – Iuzza – Jaky La Brune – Sylvain Kermici – Alain M – Steve Martins – Clément Milian – Noban – Popier Popol – Reoseb – Mathias Richard – Yann Ricordel – Catherine Robert – Amelia Ryan – Yoann Sarrat – Schweinhund – Christophe Siébert – Snoeg Snoedal – Ssoloeil – Astrid Toulon – Lia Vé – Claire Von Corda – Emilie Woestelandt

Galerie d’art noir — Pole Ka


Pole Ka est une artiste française. Ces corps sont dessinés nus, sexuels, suppliciés, souvent saints. Fig. I. Pratique d’un avortement sur une religieuse abusée est une œuvre pensée “en écho au dossier récemment mis en lumière des religieuses abusées par des hommes d’Église depuis des décennies, en toute impunité” — Facebook.

Weird TV : The Addams Family



La Famille Addams de Barry Sonnenfeld restera pour moi, et sans doute à jamais, l’ultime adaptation de l’œuvre de Chas Addams. Le film se regarde en boucle et demeure inépuisable de beauté, de noirceur et de tendresse. Le teaser de la nouvelle version, un animé prévu fin 2019, n’est pas mauvais. Le graphisme des personnages s’inspire énormément des dessins originaux de Chas. En revanche, et c’est une bonne nouvelle, l’architecture du manoir — manoir qui est forcément l’un des personnages les plus importants de toute bonne adaptation — semble inspirée des deux films de Barry Sonnenfeld.

Dimension Violences


Jean-Guillaume Laruque, dans le 58 de la revue Galaxies, à propos de l’anthologie Dimension Violences— “Un des contributeurs les plus illustres est sans aucun doute Raphaël Eymery, qui avait publié chez Denoël le dérangeant Pornarina. Il se livre dans ‘Préservons l’éternelle fontaine’, ‘Barbie Mutilation’ ou ‘Sept fragments sur l’art de fuir les femmes’ à une véritable anthropologie des pulsions les plus sombres de notre psyché, fascination pour l’horreur, fantasmes sexuelles morbides, le tout avec une plume ensorcelante.”

* Textes de Luna Beretta, Sarah Buschmann, Jacques Cauda, Henri Clerc, David Coulon, Pascal Dandois, Raphaël Eymery, François Fournet, Sébastien Gayraud, Steve Martins, Noban, Mathias Richard, Catherine Robert, Christophe Siébert, Schweinhund, Astrid Toulon, Claire Von Corda et Zaroff.

Galerie d’art noir — Marcelo Bordese


Marcelo Bordese est un artiste autodidacte argentin né en 1962.
Il peint des corps déliquescents, ramollis, rosés ou verdâtres.
(On se demandera sans doute jusqu’à la fin d’où provient le réconfort qu’apportent cet artiste et d’autres versant dans un surréalisme analoguement noir et désespéré.)

Galerie d’art noir — Françoise Duvivier


Françoise Duvivier est française. Elle se définit comme une art-brut artist. Ses collages rudimentaires et noirs — ici Seule sur la table d’opération — fascinent comme une photographie prise sur le vif,  qu’on voudrait voir et ne pas voir, d’un crime de Jack l’Éventreur. Elle parle “viande hurlante” et “souffrance irrémédiable” dans une interview sur damagedcorpse.com.